Après ce premier module du cours en ligne sur la régénéraration des écosystèmes (Gaia Education & Ecosystem Restoration Camps), je me sens plus compétent et plein d’espoir que jamais. Nous pouvons, en tant qu’humains, recréer sur Terre une abondance qui profitera aux forêts, aux plantes et aux animaux, et aussi aux communautés humaines.
Voici un compte-rendu du premier module de 4 semaines qui portait sur la régénération des écosystèmes naturels.

Contexte

Avant d’en dire plus sur ce que ce cours m’a appris, je tiens à exprimer ma gratitude à Gaia Education et à Ecosystem Restoration Camp qui co-organisent ce cours en ligne, ainsi qu’aux intervenants qui nous ont accordé leur temps, leur expérience et leurs idées : Alan Watson Featherstone et le projet de la forêt calédonienne en Écosse, John Button et le projet du Mont Arunachala en Inde, Neil Spackman et le projet Al Baydha dans le désert d’Arabie Saoudite, et Celia Gregory & Delphine Robbe et leurs projets de restauration des océans. Je recommande vivement ce cours à toute personne désireuse de comprendre comment nous pouvons tous contribuer à régénérer la Terre.

Le module 1 portait sur la restauration des écosystèmes naturels : cet artcile est un rapport, pour résumer ce que j’ai appris jusqu’à présent.

Partie 1 – Une nouveau monde…

Avec ce module d’introduction à la régénération des écosystèmes naturels, j’ai eu l’impression de mettre les pieds dans un nouveau monde. Bien que je sois investi dans la restauration des terres agricoles depuis des années, à la fois comme bénévole et comme responsable d’une organisation, je rejoins seulement aujourd’hui le mouvement mondial de régénération, et ça fait du bien de faire partie d’une si grande famille ! Il est très réconfortant de constater qu’un si grand nombre d’entre nous sont engagés dans ce type de travail, et qu’il existe également un effort pour se connecter, partager des connaissances et des ressources, et témoigner des efforts de chacun. Je vis dans une petite vallée où une poignée d’entre nous pratiquent l’agriculture régénératrice, mais nous sommes tous tellement occupés et passionnés par notre travail que nous prenons à peine le temps de nous rencontrer, de nous entraider, de partager nos expériences… Et j’ai l’impression que c’est le cas au niveau mondial. « Problèmes mondiaux, solutions locales ». Oui, et maintenant j’ai aussi le sentiment qu’un réseau de soutien mondial se développe grâce à des plateformes comme Gaia Education et Ecosystem Restoration Camps.

Des causes de dégradation similaires aux quatre coins du monde

Ce module a confirmé l’intuition que j’avais depuis longtemps: les causes de la dégradation sont les mêmes partout : les forêts tempérées et tropicales, les déserts et les océans sont tous détruits par l’ignorance et la cupidité… au service de l’économie industrielle mondiale. Bien qu’il puisse aussi y avoir des spécificités locales, voici quelques-unes des principales activités humaines responsables de la dégradation des écosystèmes naturels que j’ai apprises :

  • Économie industrielle : l’utilisation du bois comme matériau de construction ou source de combustible a été l’une des principales raisons de l’abattage des forêts. En ce qui concerne les océans, c’est également l’épuisement complet de la ressource en raison de la surpêche qui entraîne la dégradation des écosystèmes dans leur ensemble.
  • Agriculture :raser les forêts pour faire pousser des céréales pour le bétail, le surpâturage, les modèles d’irrigation inefficaces et à court terme ont tous conduit à l’épuisement des ressources naturelles. Il s’agit parfois d’une cause majeure de déforestation, et parfois d’un obstacle aux efforts de restauration, notamment dans le cas du pâturage non géré du bétail. Les bêtes mangent les jeunes arbres ce qui empêche les arbres de se reproduire: les forêts vieillissent et finissent par mourir.
  • Pratiques culturelles : dans le monde entier, des sites naturels sont brûlés pour honorer des dieux, des arbres sont coupés pour brûler des cadavres et utilisés comme combustible, de la dynamite est utilisée pour attraper des poissons, du bétail est élevé pour le gibier, etc… Toutes ces pratiques n’auraient peut-être pas été individuellement si néfastes dans un écosystème sain : mais dans des situations de sites dégradés, leurs effets négatifs cumulés constituent des obstacles majeurs aux efforts de restauration.

On pourrait en citer bien d’autres, mais j’ai le sentiment que les principales causes de la dégradation des écosystèmes sont partout les mêmes, et qu’elles sont toutes liées à la mentalité extractive/industrielle appliquée à la gestion des ressources naturelles… avec des conséquences terribles partout ! J’espère que nous réaliserons un jour que c’est le modèle d’extraction sur lequel nos économies sont basées qui cause toute cette destruction et que nous pourrons bientôt revenir à des économies locales basées sur la gestion des ressources naturelles. Je crois qu’une fois que nous aurons mis fin aux mécanismes de destruction créés par l’homme, les processus naturels pourront se mettre en marche et nous verrons des changements fantastiques en peu de temps.

Les effets de paliers… dans les deux sens.

La raison de mon optimisme relatif est qu’il y a aussi des effets de paliers aussi dans la Régénération. Bien sûr, le discours dominant ne nous parle que des boucles de rétroaction naturelles négatives que nous allons subir…

  • Le méthane qui sort de la banquise accélère l’effet de serre et le réchauffement climatique…
  • Des tempêtes plus fortes pvont réguler les pics de température, créant destruction et pauvreté, etc…
  • Disparition des sols arables qui affecte les productions alimentaires, ce qui aggrave la pauvreté, puis la dégradation, etc…

Ce que j’ai appris dans ces quatre leçons, c’est que nous pouvons aussi être positivement surpris de la rapidité avec laquelle les écosystèmes se rétablissent, à condition que nous, en tant qu’humains, commencions à travailler avec la nature, et non contre elle. Bien que les progrès puissent sembler lents et pénibles au cours des premières années de mise en œuvre des projets, de nombreux intervenants ont mentionné qu’il était possible d’atteindre un état où les écosystèmes commencent à manifester des processus d’autorégénération.

En gardant à l’esprit la succession (le processus étape par étape par lequel nous pouvons ramener quelque chose à la vie), le temps peut devenir un allié. J’ai été particulièrement inspiré par l’explication de Neil Spackman sur la façon dont il a d’abord dû recréer les conditions permettant au cycle physique des minéraux de se produire, pour ensuite permettre à la biologie de se développer. Voici d’autres phénomènes naturels qui apparaissent dans un projet de restauration réussi et qui viennent en appui :

  • Les animaux sauvages reviennent, y compris les espèces menacées ;
  • La micro-biologie du lieu revient à la vie ;
  • Les oiseaux et les petits rongeurs commencent à répandre les graines naturellement ;
  • Les sources d’eau reviennent à la vie.
  • Les communautés humaines locales développent de nouveaux modèles de revenus basés sur une gestion durable des ressources disponibles grâce à l’effort de régénération.

Ces histoires d’écosystèmes qui reviennent à la vie et sont capables de se maintenir et de prospérer à nouveau sont ce que nous avons le plus besoin d’entendre et d’apprendre, afin que nous puissions collectivement sortir du scénario catastrophe/effondrement et nous engager dans une transition socio-économique basée sur un espoir actif.

Rien n’est impossible

Du bon côté des choses, j’ai également appris qu’aucun écosystème, aussi dégradé soit-il par des causes humaines et/ou naturelles, ne peut être restauré. Le travail de restauration des déserts effectué par Neil Spackman, Sebastiao Salgado et Ernst Gotsch (et bien d’autres que je découvre chaque semaine grâce à ce cours) est la preuve vivante que nous, les humains, avons une capacité unique à prendre soin de la Terre et que notre empreinte sur la planète peut être aussi régénératrice à l’avenir qu’elle a été destructrice dans le passé. C’est un sentiment très encourageant sur le plan personnel.

Tous les intervenants ont été incroyablement inspirants, incarnant de manière vivante l’invitation de Terrence McKenna à nous rappeler notre place dans l’écosystème planétaire :

‘L’intelligence la plus élevée sur Terre est celle d’un jardinier’.

… fait d’interactions complexes…

OK. C’était le contexte. Maintenant, la leçon la plus précieuse de ce module pour moi est que la restauration des terres est une pratique complexe, intégrative et holistique. Comme Aldous Huxley l’aurait dit :

« Rien moins que tout ne sera assez« .

Le réseau d’interrelations au sein d’un écosystème naturel est si complexe et dense qu’il semble nécessaire de prendre en compte autant de dimensions que possible dans le processus de conception, et d’examiner soigneusement toutes leurs interactions potentielles :

Dimension écologique :

  • Modèles météorologiques : températures, précipitations, saisons …
  • Faune et flore locales : qu’est-ce qui poussait ici, qu’est-ce qui pousse dans des écosystèmes similaires ailleurs (analogues climatiques) ? Que mangent les animaux locaux, comment cela affecte-t-il l’effort de restauration ? Comment les animaux locaux peuvent-ils soutenir la restauration (transmission des graines, fertilité, etc.) ou l’affecter (surpâturage) ?
  • Comment est la microbiologie du sol ? Comment pouvons-nous soutenir sa croissance ?

Dimension socioculturelle :

  • Quelle est l’histoire de la région, sa culture, la relation de ses habitants à la nature ?
  • Qui sont les principaux acteurs et quelles sont les structures de pouvoir à prendre en compte pour pouvoir impliquer la population locale ?
  • Comment obtenir le soutien et la participation de la culture locale et que pouvons-nous faire pour développer un sentiment d’appropriation de l’effort et des résultats ?

Dimension économique :

  • Parce que les terres sont souvent dégradées par une mauvaise gestion des ressources, recréer une économie locale autour de l’effort de restauration est crucial. Dans le projet indien par exemple, nous pouvons planter des arbres, mais si nous ne leur fournissons pas un combustible alternatif, ils seront coupés à nouveau et le projet sera voué à l’échec.

En définitive, il s’agit d’un effort collectif dans lequel tous les membres de la société doivent s’engager. Les dimensions politique et communicationnelle ne doivent pas être sous-estimées car elles peuvent révéler des alliés puissants… ou des obstacles insurmontables.

Ce que j’ai appris dans ce module me donne le sentiment qu’il existe un fort potentiel de renaissance culturelle lorsque nous nous engageons dans des projets ambitieux de régénération des espaces naturels : si la dimension socio-économique est valorisée dans la conception du projet, nous pouvons recréer des économies locales basées sur la gestion intelligente des ressources naturelles, rendant ainsi nos vies plus résilientes et moins dépendantes de l’économie mondiale. L’abondance de la nature, une fois restaurée, soutiendra les communautés humaines, à condition qu’elles aient suffisamment évolué pour abandonner les modèles d’extraction de la vieille école et s’engager dans des pratiques locales durables.

… qui mène à l’éveil du soi écologique

Il y a un dernier élément auquel je suis très sensible, et que ce cours confirme. La régénération des espaces naturels comporte une dimension spirituelle : c’est la relation des gens à la terre et à leur environnement local qui doit changer pour que les projets de restauration holistique soient couronnés de succès. Si nous ne changeons pas notre relation à la nature et au reste du vivant, je crains que tous les autres efforts soient voués à l’échec. J’aime appeler cela le soi écologique : se rappeler que nous faisons partie d’un grand organisme vivant, la Terre, et que ce sont nos interactions avec les autres membres de cet écosystème qui apportent l’abondance… ou l’effondrement.

Comment je vais appliquer ces leçons dans mon écolieu Pai Seedlings Foundation?

Mon domaine de travail est la régénération des paysages agricoles, et mon rêve est de pouvoir recréer une économie locale et circulaire basée sur les réseaux alimentaires dans ma vallée. C’est pourquoi je suis très enthousiaste à l’idée de passer au deuxième module qui abordera directement ce type d’écosystème.

Cela dit, il y a des éléments dans ce premier module qui vont certainement inspirer ma façon de travailler maintenant.

  1. Je suis devenu beaucoup plus conscient de la complexité d’un projet de régénération efficace, notamment des éléments multidimensionnels dont j’ai parlé précédemment. Il faut de nombreuses personnes pour réunir toutes les compétences nécessaires. Jusqu’à présent, ma femme et moi avons été les seuls visionnaires et travailleurs pour le changement que nous voulons apporter, et le manque de coopération avec les locaux a entravé nos progrès. Maintenant, nous allons faire un effort :
  • Partager notre vision et inviter les personnes qui partagent nos valeurs à présenter la leur afin de dessiner une toile plus appropriée de ce à quoi ressemble un changement positif de leur point de vue ;
  • Faire appel à des travailleurs plus spécialisés et compétents dans leur domaine afin de prendre en compte davantage de dimensions et d’être plus efficaces ;
  • créer des incitations pour que les volontaires se joignent à nous. J’ai été touché par l’appel de Bill Mollison selon lequel « si vous n’avez pas de volontaires, vous n’avez pas de projet ».

2. L’intégration de tant d’éléments dans le tableau (plantes, animaux, éléments naturels, population locale, économie…) nécessite un travail de conception adéquat. J’ai l’impression d’avoir travaillé à l’instinct et à l’intuition, ce qui a été une façon très délicate d’apprendre (observer et interagir), mais je vais maintenant passer plus de temps à concevoir le projet et m’assurer que je peux expliquer clairement les relations entre les différents éléments avant de commencer à travailler. Je pense que cela permettra d’économiser beaucoup de temps et d’efforts, et que cela ouvrira la voie à l’émergence de solutions inattendues.

À un niveau très personnel, ces leçons apportent beaucoup de maturité à mon processus : je sors de l’archétype du « héros » ou du « sauveur » pour adopter une approche plus collaborative dans laquelle je cerche à « me mettre au service » d’une cause. Cela m’invite à m’interroger sur les qualités et les dons particuliers que je peux apporter au projet, et sur les compétences des autres qui doivent être valorisées et mises en valeur.

Conclusion

Merfci d’avoir lu jusqu’ici!

S’il y a une chose essentielle que je dois partager à ce stade, c’est que nous avons besoin de tout le monde pour s’engager dans la restauration des écosystèmes et que toutes les compétences et connaissances sont utiles : vous n’avez pas besoin d’être un agriculteur ou un spécialiste. Si vous êtes un être humain vivant et respirant sur cette planète, vous êtes qualifié !

Je le dis d’après mon expérience en tant que fondateur et directeur d’une organisation à but non lucratif pour l’écologie dans le nord de la Thaïlande : les projets de restauration gagneraient à avoir le soutien non seulement de volontaires mais aussi de personnes ayant des compétences en communication, collecte de fonds, gestion, administration. Comme je l’ai mentionné précédemment, il s’agit d’une aventure collective !

Mon souhait est que cette transition sociale mondiale arrive au plus vite.